Christophe Tarkos [15 septembre 1964, 30 novembre 2005] comme évincé par la mastication verbale  

Le presque rien

Les Caisses de Christophe Tarkos sont pleines d'un monologue farfelu qui rebondit de tautologies remâchées en coq-à-l'âne cocasses. La phrase, ressassée et précipitée, semble n'y avoir d'autre but que de vider le sens qu'emporte sa mécanique : « Le monde est une seule grande oreille, remplit rempile Remplissement Remp-lissement Rempilement Rengorge-ment Remblaiement Remballement ». Cette rythmique dit seulement : voyez comment va cette phrase, comment elle fait sa bulle d'inanité sonore, s'amuse et s'abolit : « C'est une élévation de bulles/ Un lancer de ballons plus légers que l'air/ D'en bas en haut de la page/ Une bulle se forme à chaque lettre de l'alphabet ». [...] Derrière, bien sûr, il y a, met-tant à distance l'excentricité expression-niste des avant-gardes récentes (trivialités carnavalesques, pathos du corps et passion néologique), le souvenir de l'Objectivisme et de l'ironique grammaire poetic' d'Olivier Cadiot. Et, plus loin, la répétitivité non-figurative, plane et tautologique de Gertrude Stein. [...]Ce presque rien qui revient sans cesse inquiéter l'idylle ahurie entre choses et langues, ça s'appelle peut-être poésie. 

Christian Prigent (Le Monde des Livres, 12 Mars 1999)

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